CSG à 10,6 % : ce que la hausse de 2026 change pour votre plan FIRE
Le 31 décembre 2025, au Journal officiel, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Une ligne dans un texte de plus de cent articles. Et tous les tableurs FIRE de France sont devenus faux.
J'ai mis à jour les miens, puis les articles de ce site. Le bilan tient en trois chiffres : les prélèvements sociaux sur le PEA et le CTO passent de 17,2 % à 18,6 %, la flat tax de 30 % à 31,4 %, et le coût pour un plan FIRE type tourne autour de quelques centaines d'euros par an, environ 10 000 € sur 30 ans. L'assurance-vie et le foncier, eux, sont épargnés. Le détail suit, avec ce que cet épisode enseigne sur un risque qu'aucun simulateur ne modélise.
Ce que dit la loi, exactement
La mesure figure à l'article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026), qui modifie l'article L.136-8 du code de la sécurité sociale. La CSG sur les revenus du capital passe de 9,2 % à 10,6 %. En ajoutant la CRDS (0,5 %) et le prélèvement de solidarité (7,5 %), le total des prélèvements sociaux monte de 17,2 % à 18,6 %.
Le Conseil constitutionnel a validé le texte le 30 décembre (décision n° 2025-899 DC) : il a censuré d'autres articles, pas celui-là. La mesure est en vigueur.
Qui paie, qui échappe
Le périmètre est le point le plus intéressant, parce qu'il n'est pas uniforme (Service-Public, impots.gouv.fr) :
| Support | Prélèvements sociaux 2026 | Évolution |
|---|---|---|
| PEA (gains au retrait) | 18,6 % | +1,4 point |
| CTO : dividendes, intérêts, plus-values | 18,6 % (flat tax totale : 31,4 %) | +1,4 point |
| Assurance-vie | 17,2 % | épargnée |
| Revenus fonciers (location nue), plus-values immobilières | 17,2 % | épargnés |
| LMNP | 18,6 % | +1,4 point |
| Livret A, LDDS, LEP | 0 % | toujours exonérés |
L'exclusion de l'assurance-vie et du foncier n'est pas un oubli : le législateur a volontairement limité la hausse à l'épargne financière dite liquide. On peut y voir une prime à l'épargne longue, ou une prime aux placements préférés des Français. Les deux lectures se défendent.
Deux subtilités de calendrier méritent d'être connues. Les revenus de placement (dividendes, intérêts, retraits de PEA) sont touchés à partir du 1er janvier 2026. Mais les revenus dits du patrimoine (plus-values mobilières hors PEA, LMNP) le sont rétroactivement sur les revenus perçus dès le 1er janvier 2025, imposés via la déclaration de 2026. Si vous avez vendu des titres sur un CTO en 2025, la hausse vous concerne déjà.
Dernière précision, pour le PEA : c'est le taux en vigueur au jour du retrait qui s'applique à l'ensemble des gains accumulés depuis 2018, y compris ceux engrangés avant 2026. Il n'y a pas de droits acquis à 17,2 % (seuls les gains antérieurs à 2018 conservent leurs taux historiques).
Combien ça coûte sur un plan FIRE
Passons aux ordres de grandeur. Ce sont mes calculs, la méthode est à côté du résultat.
Prenons un retrait FIRE de 40 000 € par an d'un PEA dont 60 % est de la plus-value, soit 24 000 € de gains taxables :
- Avant : 24 000 × 17,2 % = 4 128 € de prélèvements sociaux
- Maintenant : 24 000 × 18,6 % = 4 464 €
- Surcoût : 336 € par an, environ 10 000 € sur 30 ans de FIRE
Sur un CTO, même retrait, même part de plus-value : la flat tax sur les gains passe de 7 200 € à 7 536 €. Même ordre de grandeur.
Rapporté au taux de retrait, l'effet est d'environ 0,05 point. La fourchette de 2,75 à 3 % que je recommande pour la France (voir la règle des 4 % adaptée) intègre déjà une marge de sécurité qui absorbe ce genre de choc sans broncher. Pas de panique à avoir, pas de plan à refaire de fond en comble. Un tableur à mettre à jour, oui.
Le classement des enveloppes bouge (un peu)
Là où la hausse a un effet plus subtil, c'est sur la hiérarchie des enveloppes. Le PEA sort à 18,6 %, l'assurance-vie après 8 ans à 24,7 % avant abattement (7,5 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux restés intacts). L'écart, qui était de 7,5 points, tombe à 6,1 points. Et avec l'abattement annuel de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) sur les gains, l'assurance-vie peut désormais sortir moins taxée que le PEA pour des retraits modérés.
Est-ce que ça détrône le PEA ? Non. En phase d'accumulation, il reste sans équivalent : zéro impôt sur le revenu, des frais d'ETF au plancher, aucun frais de gestion de contrat. J'ai détaillé l'ordre de remplissage dans mon comparatif des enveloppes, il reste valable. Mais pour la phase de retrait, l'assurance-vie marque un point : sa fiscalité de sortie vient de devenir compétitive par décision politique.
Le risque qui n'est dans aucun calculateur
Ce qui me reste de cet épisode dépasse largement les 336 € par an. Aucun calculateur FIRE ne modélise le risque législatif. On simule des rendements, une inflation, une espérance de vie, parfois un krach. On ne simule jamais un amendement voté un 4 décembre en deuxième lecture. Or c'est le deuxième changement de règle majeur en moins de dix ans, après la création de la flat tax en 2018, et sur un plan qui s'étale sur 40 ans, il serait naïf de croire que c'est le dernier.
Contre ce risque-là, la seule vraie défense est la marge : l'écart entre les 4 % américains et les 2,75 à 3 % de taux de retrait que je retiens vient précisément d'encaisser une loi de finances sans que le plan bouge. La diversification des enveloppes joue le même rôle d'assurance, les changements de règles ne frappant jamais tout en même temps, et l'assurance-vie vient d'en faire la démonstration en traversant la hausse sans une égratignure. Le reste relève de l'hygiène : je repasse mes simulations chaque automne, à la sortie de la loi de finances. Une heure par an, c'est le prix de l'abonnement au système fiscal français.
Dans mon article sur le PER, j'écrivais que ce produit était un pari sur la stabilité de la flat tax. La hausse de 2026 vient de donner un visage très concret à ce pari : le paramètre a bougé, dans le mauvais sens, sans préavis. Un plan robuste n'est pas un plan calé sur les règles d'aujourd'hui, c'est un plan qui survit à leur changement. Reste la question que je me poserai chaque automne désormais, et à laquelle personne ne peut répondre : quelle ligne bougera la prochaine fois ? Le périmètre de l'assurance-vie, l'abattement, le PEA lui-même ? Je n'en sais rien, et c'est bien pour ça que la marge n'est pas négociable.
Sources : Légifrance, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, article 12, Conseil constitutionnel, décision n° 2025-899 DC, Service-Public, prélèvements sociaux sur les revenus du capital, impots.gouv.fr, les revenus mobiliers.