FIRE et freelance / auto-entrepreneur : mode d'emploi
Si je devais recommencer ma carrière, j'envisagerais sérieusement le freelance dès le départ. Bien structuré, c'est l'un des accélérateurs FIRE les plus puissants qui existent en France : un TJM (Taux Journalier Moyen) de 500 à 700 €, un statut adapté et une vraie discipline d'épargne font gagner une dizaine d'années sur un salarié à niveau de vie égal. Mais l'optimisation ne se joue pas où on croit. La fameuse stratégie « salaire minimal + dividendes à la flat tax » ne fonctionne que dans un seul des trois statuts possibles, et beaucoup de guides se trompent de cible.
Sur r/FranceFIRE, un témoignage récent illustre parfaitement ce parcours : un freelance qui a atteint 900 000 € de patrimoine en moins de 10 ans. Pas de secret, juste un TJM élevé, une structure EURL, et une épargne agressive.
Les statuts : auto-entrepreneur, EURL, SASU
L'auto-entrepreneur : simple mais limité
Le statut d'auto-entrepreneur est séduisant par sa simplicité. Pas de comptabilité complexe, des cotisations de 21,2 % du chiffre d'affaires pour les services BIC (25,6 % pour les professions libérales BNC), un plafond de 83 600 € de CA en 2026. Mais pour le FIRE, c'est souvent trop limité.
Pourquoi ? D'abord, le plafond de CA. Avec un TJM de 600 € et 200 jours facturés par an, on atteint 120 000 € de CA. L'auto-entrepreneur ne permet pas d'y arriver. Ensuite, la fiscalité : on est imposé sur le CA réel (après abattement forfaitaire de 34 % pour les BNC), ce qui peut être défavorable si on a beaucoup de charges.
L'auto-entrepreneur est un bon statut pour démarrer, mais pas pour accélérer le FIRE. C'est un statut de transition.
L'EURL : le statut de la rémunération optimisée
L'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est un des statuts préférés des freelances FIRE, mais pas pour la raison qu'on lui prête souvent. Le gérant majoritaire d'EURL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS) : ses cotisations tournent autour de 45 % de sa rémunération nette, nettement moins que le régime assimilé salarié, et elles génèrent de vrais droits à la retraite.
Là où beaucoup de guides se trompent, c'est sur les dividendes. En EURL (comme dans toute société soumise à l'IS gérée par un TNS), la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS. Concrètement : verser un salaire minimal et se rémunérer surtout en dividendes taxés à la flat tax, ça ne fonctionne pas en EURL. Avec un capital social faible (les 1 € symboliques du départ), la quasi-totalité des dividendes tombe dans les cotisations. L'EURL est le statut de la rémunération optimisée pour les cotisations, pas celui des dividendes défiscalisés.
La SASU : la machine à dividendes (mais sans retraite)
La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) fonctionne à l'inverse. Le président de SASU est assimilé salarié : ses cotisations sur salaire sont lourdes, de l'ordre de 75 à 80 % du net en comptant la part patronale. Mais ses dividendes, eux, échappent totalement aux cotisations sociales. Ils sont soumis à l'impôt sur les sociétés au niveau de la société, puis à la flat tax de 31,4 % à la sortie (taux 2026, après la hausse de CSG). C'est en SASU, et seulement en SASU, que la stratégie « salaire minimal + dividendes » a un sens fiscal.
Contrepartie importante, et souvent mal comprise : contrairement à une idée répandue, le président de SASU n'a pas droit à l'assurance chômage. Les mandataires sociaux, qu'ils soient gérants d'EURL ou présidents de SASU, n'ouvrent aucun droit à l'allocation chômage en cas d'arrêt d'activité. Et comme les dividendes ne génèrent aucun droit à la retraite, miser sur eux revient à sacrifier ses trimestres cotisés.
Exemple chiffré : EURL vs SASU sur le même chiffre d'affaires
Prenons un freelance avec 120 000 € de CA et 30 000 € de charges (matériel, déplacements, assurances, expert-comptable), soit 90 000 € avant rémunération. Ordres de grandeur 2026, avant impôt sur le revenu du foyer :
Option EURL, tout en rémunération TNS : - Rémunération nette : environ 62 000 € (cotisations TNS ≈ 45 % du net) - Droits à la retraite : oui, complets
Option SASU, salaire minimal + dividendes : - Salaire brut : environ 7 500 €/an (de quoi valider 4 trimestres de retraite), coûtant environ 10 000 € à la société avec les charges patronales - Reste soumis à l'IS : environ 80 000 €, IS d'environ 15 750 € - Dividendes distribuables : environ 64 000 €, taxés à 31,4 % → environ 44 000 € nets - Total net : environ 49 500 €, sans droits à la retraite
L'EURL dégage plus de cash disponible, mais le soumet ensuite au barème de l'impôt sur le revenu du foyer. La SASU fige la fiscalité à 31,4 % dès la sortie, mais sacrifie les droits à la retraite. Le bon choix dépend du TMI du foyer et de la valeur qu'on accorde à la protection sociale : un couple à TMI élevée peut préférer figer la fiscalité en SASU, un freelance seul à TMI modérée aura souvent intérêt à rester en EURL et à cotiser pour sa retraite.
Les cotisations URSSAF : le nerf de la guerre
Les cotisations URSSAF sont le poste de dépense le plus important pour un freelance. En EURL (TNS), comptez environ 45 % de la rémunération nette. En SASU (assimilé salarié), le total des cotisations salariales et patronales avoisine 75 à 80 % du net. En auto-entrepreneur, c'est 21,2 % du CA (25,6 % pour les BNC).
Mais attention, les cotisations URSSAF augmentent. Sur r/FranceFIRE, on discute régulièrement de l'impact de ces hausses sur le FIRE. En 2026, la tendance est à la hausse, notamment pour la retraite complémentaire.
Pour un freelance FIRE, il faut garder à l'esprit que les cotisations URSSAF ne sont pas une perte sèche. Elles financent la protection sociale (santé, retraite, allocations familiales). Et comme je l'explique dans mon article sur la France et le FIRE, cette protection sociale réduit le capital nécessaire pour le FIRE.
L'optimisation fiscale : les leviers
Le salaire minimal
En SASU comme en EURL, il faut un minimum de rémunération pour valider ses trimestres de retraite. En 2026, il faut environ 7 500 € bruts sur l'année (600 fois le SMIC horaire) pour valider 4 trimestres. Beaucoup de dirigeants se versent 1 000 à 2 000 € nets par mois : de quoi combiner droits sociaux et trésorerie, sans forcément viser le minimum absolu.
Les dividendes
Les dividendes fonctionnent très différemment selon le statut. En SASU, ils échappent aux cotisations sociales et sont taxés à la flat tax de 31,4 % après IS, mais ils ne génèrent strictement aucun droit à la retraite : miser dessus, c'est accepter de cotiser peu. En EURL, c'est l'inverse qui piège les mal informés : au-delà de 10 % du capital social, les dividendes du gérant majoritaire sont réintégrés dans l'assiette des cotisations TNS, ce qui neutralise l'intérêt de la manœuvre. Dans les deux cas, il faut trouver le bon équilibre entre rémunération (qui ouvre des droits) et dividendes (qui optimisent la fiscalité, mais pas partout de la même façon).
Les charges déductibles
L'EURL permet de déduire toutes les charges réelles : matériel, déplacements, assurances, repas, formation, etc. C'est un avantage considérable par rapport à l'auto-entrepreneur, où l'abattement forfaitaire de 34 % peut être insuffisant si on a beaucoup de charges.
Le régime de la PUMA
Précision qui mérite une mise au point, parce que la confusion est partout : un freelance en activité ne paie pas la « taxe PUMA » (cotisation subsidiaire maladie). Elle ne concerne que les personnes ayant moins d'environ 9 600 € de revenus d'activité et plus d'environ 24 000 € de revenus imposables du capital (seuils 2026). Le freelance cotise déjà pour sa santé via l'URSSAF, dans les pourcentages vus plus haut. La CSM ne le rattrapera éventuellement qu'après son départ en FIRE, et pour des montants modestes : 6,5 % de la part imposable des revenus du capital au-delà d'un abattement d'environ 24 000 €. J'en parle plus en détail dans mon article sur la France et le FIRE.
Simulation : freelance structuré vs salarié
Prenons deux profils identiques : 38 ans, marié, deux enfants, Rhône-Alpes, budget annuel de 40 000 €.
Scénario salarié
- Brut annuel : 80 000 €
- Net avant impôt : environ 61 000 €
- Impôt sur le revenu : environ 9 000 €
- Net disponible : environ 52 000 €
- Budget vie : 40 000 €
- Épargne annuelle : environ 12 000 €
- Capital FIRE nécessaire : 1 000 000 €
- Durée d'accumulation (à 7 % de rendement) : environ 29 ans
Scénario freelance structuré
- CA annuel : 140 000 €, charges : 30 000 €
- Reste avant rémunération : 110 000 €
- Net disponible après cotisations, IS et flat tax (SASU salaire mini + dividendes, ou EURL en rémunération) : environ 62 000 €
- Mutuelle et prévoyance : environ 2 000 €
- Budget vie : 40 000 €
- Épargne annuelle : environ 20 000 €
- Capital FIRE nécessaire : 1 000 000 €
- Durée d'accumulation (à 7 % de rendement) : environ 21 ans
L'écart est d'environ 8 ans, et il se creuse encore si le freelance monte son TJM ou réduit son train de vie.
Le témoignage de 900k€
Sur r/FranceFIRE, un freelance partage son parcours : 900 000 € de patrimoine en moins de 10 ans. Sa recette ? Un TJM de 650 €, une structure EURL, une épargne de 60 % de ses revenus, et une allocation 100 % actions (ETF World).
Ce témoignage montre que le FIRE freelance est réaliste, pas juste théorique. La clé, c'est la discipline d'épargne et l'optimisation fiscale. Pas besoin de gagner des millions, juste de structurer correctement son activité et de garder un taux d'épargne élevé.
Les risques du freelance FIRE
Le premier risque, celui qui conditionne tout le plan, c'est la volatilité des revenus. Un salarié a une fiche de paie ; un freelance a des périodes creuses, des impayés, des clients qui partent sans préavis. La réserve de sécurité doit suivre : 6 à 12 mois de dépenses, là où 3 à 6 suffisent à un salarié. La dépendance à un client principal aggrave tout, et la diversification de clientèle est plus facile à prêcher qu'à pratiquer.
Les deux autres risques se règlent moins bien dans un tableur. La solitude d'abord : pas de collègues, pas de pause café, un avantage réel pour certains et un poison lent pour d'autres. La retraite ensuite : des dividendes ne valident aucun trimestre, et il faut choisir entre cotiser davantage ou compenser par son épargne FIRE.
Vu depuis mon poste de salarié
Dans la tech, je vois des collègues passer au freelance tous les ans ; au dernier pot de départ, la moitié de l'open space prenait des notes 🙂. Certains y trouvent leur compte, d'autres reviennent au salariat au bout de deux ans, souvent pour la même raison : la volatilité use plus que prévu. L'accélération FIRE, elle, est bien réelle, à une condition de discipline : avec un TJM de 600 €, on peut aussi très confortablement tout dépenser. Ceux qui arrivent au bout gardent un taux d'épargne de 50 à 60 % même les bonnes années.
Si c'était à refaire pour moi : cinq à dix ans de salariat d'abord, pour le réseau, les compétences et la première épargne, puis une EURL pour accélérer. C'est le parcours que je décris à mes amis quand ils me posent la question. Pour pousser le raisonnement sur votre propre cas, quel salaire pour le FIRE en France et le bon ordre des enveloppes fiscales complètent ce billet, et le calculateur de taux d'épargne met vos chiffres dans l'équation.
Sources : - r/FranceFIRE, FIRE atteint freelance 900k - r/FranceFIRE, augmentation cotisations URSSAF - Service-Public.fr, prélèvements sociaux